À Paris, des galeristes très mobiles

Anne-Cécile Sanchez, Le Journal des Arts, Avril 16, 2026
Cinq marchands ouvrent une adresse ou en changent.
 
Paris. Kamel Mennour l’a confié en mars au Figaro : il reprend les murs de la très respectable galerie Malingue, voisine de l’espace qu’il occupe lui-même depuis dix ans avenue Matignon (8e arrondissement). Le galeriste a officiellement confrmé que cette nouvelle vitrine, dont l’inauguration est prévue à la rentrée, sera consacrée à "la présentation d’œuvres majeures d’artistes modernes, d’après-guerre et contemporains, provenant de collections privées". Kamel Mennour n’est pas le seul à faire preuve d’ambition ; le printemps parisien se révèle riche en ouvertures et en emménagements. Rive gauche, Christophe Person a racheté l’ancienne galerie Jean Fournier, rue du Bac (7e arr.), dont il a entièrement redessiné les volumes : les parois d’une haute boîte en bois sombre permettront d’accrocher des tableaux côté rue tout en protégeant l’espace bureaudes regards. Le galeriste spécialisé dans la création contemporaine africaine, qui dispose également d’une antenne à Bruxelles, quitte donc le Marais où il avait ouvert un lieu en 2022 afin de poursuivre le développement de ses activités, avec le soutien actif du collectionneur Jean Claude Gandur.
 
À quelques minutes de là, la galerie Waddington Custot ouvre son antenne parisienne au 36, rue de Seine (6e arr.) avec une exposition intitulée "Le choc Nabi", qui fait dialoguerartistes historiques (Pierre Bonnard, Maurice Denis, Paul Sérusier, Édouard Vuillard…) avec des œuvres d’artistes contemporains – parmi lesquels Etel Adnan, Ben Arpéa,Christine Safa, Fabienne Verdier…
 
L’attrait du Palais-Royal
Créée à Singapour en 2019 par Kevin Troyano Cuturi, la Cuturi Gallery, dont la programmation mélange art, design et mode, a jeté son dévolu pour sa première antenne européenne sur le Palais-Royal (1er arr.) et ses arcades, contribuant à renforcer lenouveau pôle de galeries (The Pill, Peter Freeman Inc., Devals…) apparu dans le voisinage du Louvre et de la Fondation Cartier pour l’art contemporain.
 
Quant à Vincent Sator, après avoir fermé l’été dernier son espace à Romainville (Seine-Saint-Denis), il crée la surprise en dévoilant sa nouvelle adresse au 4, cour de l’île Louviers (4e arr.), où il succède à L’Atlas, projet mené pendant trois ans par le groupe Emerige – qui reste le bailleur principal du lieu. Au cœur de ce luxueux îlot urbain métamorphosé, dans le cadre du programme "Réinventer Paris", par David Chipperfield Architects et CALQ Architecture, la galerie Sator se déploie sur deux niveaux lumineux, et prend le pari, dans cet endroit un peu à l’écart des artères où se regroupent ses consœurs, de devenir une destination capable d’aimanter les amateurs et les collectionneurs d’art contemporain. L’exposition inaugurale, sous le titre "L’alambic cosmique de la métamorphose", est consacrée à Kokou Ferdinand Makouvia dont un ensemble de dessins et sculptures vient habiter l’espace de ses vibrations spirituelles.
 
Enfin, Nicolas Salloum, nouveau venu dans le circuit, ose un modèle original : ce jeune psychiatre passionné d’art reçoit ses patients du lundi au mercredi au 19, rue de Montmorency (3e arr.), l’espace d’exposition faisant office de salle d’attente. Le reste de la semaine, la galerie, dont il assure la direction avec une collaboratrice, ouvre en tant que telle. Son premier accrochage ("Collant, poisseux, visqueux" à voir jusqu’au 30 avril), en rapprochant les peintures de Clara Lou Villechaise des céramiques de Rémi Galtier, offre de découvrir deux artistes émergents et témoigne d’un regard averti.
 
 
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